Sous la direction de
Vincent Auzas et Van Troi Tran
Patrimoines sensibles:
mots, espaces, pratiques
Ce volume propose un chassé-croisé entre ces deux termes qui, continuellement recomposent et redéfinissent le sens et l’expérience des pratiques culturelles. D’un côté, les processus de patrimonialisation peuvent être universellement interprétés comme des tentatives de mise en forme de sensibilités pour leur garantir un rôle social, légitimer leur contenu culturel ou même conférer une effectivité politique. Patrimoine des sensibilités. D’un autre côté, la demande de patrimonialisation, d’authentification ne serait-elle pas d’abord et avant tout une réponse à des sensibilités, voire même des anxiétés, d’ordre politique, individuel et collectif ? Sensibilité des patrimoines.
Le travail de patrimonialisation croise inévitablement un entrelacs de sensibilités qui lui donnent une impulsion ou contre lesquelles il se heurte. Fluctuantes, irréductibles, souterraines, évanescentes, irrationnelles, explosives ou imprévisibles les sensibilités attestent de la complexité et de la variabilité de forces qui s’imbriquent et s’impriment sur les pratiques culturelles. Dans les processus de mise en forme et de transmission mis de l’avant dans les patrimoines, s’articulent, se greffent, et se créent continuellement des sensibilités, qu’elles soient intensités affectives et émotionnelles ou expériences corporelles, sensorielles, sensuelles des individus et des sociétés. Ce que ce livre explore, c’est ce jeu complexe entre d’une part la transmission et la mise en valeur des héritages culturels, et d’autre part l’incontournable présence sensible qui se met en jeu dans la chair du monde, au sein de l’effectivité des pratiques, discours et représentations qui s’y tiennent et, par le fait même, la réactualisent continuellement.Les contributions rassemblées dans cet ouvrage collectif, qui voyagent entre différentes aires géographiques et culturelles et différentes époques historiques, empruntent donc les chemins multiples du sensible pour offrir un regard neuf et dynamique sur le phénomène du patrimoine. Cet objet de recherche qui apparaît trop souvent comme statique, muséifié, voire passéiste, s’engage ici continuellement sur des recalibrages et des reconfigurations au présent par son inévitable travail sur les sensibilités émotionnelles, affectives et corporelles. Car le patrimoine n’est jamais, comme il voudrait bien souvent se présenter, qu’une préservation nostalgique d’un temps, d’un espace ou d’une culture devant les hordes envahissantes de l’uniformisation culturelle, il est un sens du monde qui performe la culture, refait les catégories, donne de nouveaux espaces, et de nouveaux temps.

Préfacé par Pascal Ory, ce livre réunit les textes de : Laurent Gohary, Pierrette Lafond, Tatjana Barazon, Martine Freedman, Richard Desnoilles, Jean-François Plante, Van Troi Tran, David N. Bernatchez et Vincent Auzas.

Hors collection
Autres ouvrages publiés par des chercheurs du CELAT
Les Presses de l’Université Laval
ISBN 978-2-7637-9040-4
2011, 268 pages