Lucie K. Morisset
Arvida Cité industrielle
Une épopée urbaine en Amérique
En 1925, l’Aluminum Company of America, stimulée par l’effort de la Première Guerre mondiale, choisit d’implanter à quelque 250 kilomètres au nord de Québec une ville autour de sa nouvelle usine. Arvida, comme on la nomma, deviendrait le projet urbain le plus ambitieux de l’Amérique du Nord.

Digne concrétisation de la Cité industrielle de Garnier, Arvida mérite une place à part dans l’histoire : méticuleusement planifiée et construite par sa compagnie-mère, devenue Alcan, la ville, aujourd’hui intégrée à celle de Jonquière, est devenue le miroir, voire la tête d’affiche, de l’épopée urbaine du XX siècle en Amérique. Les expérimentations sur l’habitat ouvrier, sur la construction standardisée, sur le tracé des villes et sur la stylistique architecturale s’y sont matérialisées, connaissant là souvent leurs premiers balbutiements en terre québécoise. En 1950, vingt-cinq ans après sa fondation, Arvida, capitale mondiale de l’aluminium, était devenue symbole de modernité.

L’image spectaculaire en subsiste, aujourd’hui. Celui qui survole Arvida la découvrira avec étonnement, puisque l’histoire a oublié la ville : projet étasunien en terre québécoise, d’abord renié par les Canadiens fervents de la Garden City que la ville n’épousait pas, décrié par les traditionalistes opposés à l’industrialisation, ou éclipsé, aux États-Unis, dès que l’Alcoa céda la ville aux mains étrangères canadiennes, Arvida n’eut pas toujours la presse facile. Pourtant, au-delà des frontières, c’est à l’Amérique tout entière que son paysage, inégalé, appartient.

Abondamment illustré de plus de 300 photographies et dessins, cet ouvrage, histoire de l’architecture et histoire de la forme urbaine, présente la naissance et l’évolution d’Arvida, depuis la  » ville construite en 135 jours  » des années 1920 jusqu’à la diffusion des préoccupations fonctionnalistes de l’après-guerre, auxquelles le vouloir d’image de la compagnie n’a jamais cédé le pas. Bien au contraire : entre les mains d’architectes réputés, à l’heure de gloire des banlieues, Arvida est aussi devenue la terre de prédilection du débat identitaire qui marquerait le paysage bâti occidental. Entre régionalismes et internationalisme, de la City Beautiful à la Charte d’Athènes, Arvida, cité modèle, invite à la découverte de grandes aventures : celle des villes et celle du XXe siècle américain.

Historienne d’architecture, Lucie K. Morisset est professeure au Département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal et chercheure au Centre d’études interdisciplinaires sur les lettres, les arts et les traditions (CELAT) de l’Université Laval. Elle a publié plusieurs ouvrages et rapports de recherche sur l’architecture et la forme urbaine au Québec.

Éditions du Septentrion, en collaboration avec le CELAT et l’Institut de géoarchitecture
ISBN 2-89448-129-2, 1998
251 pages, 25 $ ÉPUISÉ