Axes de recherche

Comprendre et éclairer les processus de pluralisation

La nouvelle programmation du CELAT pour 2017-2023 est centrée sur la conceptualisation et l’étude des processus de pluralisation qui se déploient dans la société québécoise, c’est-à-dire sur les transformations par lesquelles se multiplient les modes de vie, les normes, les identités ou les appartenances qui sont visibles et reconnaissables dans l’espace public, de même que sur les enjeux de ces transformations. La pluralisation est pensée comme résultant à la fois de phénomènes objectifs (migration, mondialisation, TIC) et d’une profonde transformation des valeurs, représentations et sensibilités, en vertu de laquelle se multiplient les expériences, les formes de savoir, les identités ou les points de vue considérés comme dignes d’être entendus et pris en compte. La mutation sociohistorique au cœur de la programmation concerne la multiplication et la visibilisation des appartenances ethnoculturelles autant que de celles qui sont liées aux conditions de santé des individus, à leur orientation sexuelle, leur identité de genre, aux formes de vie qu’ils adoptent en lien avec leurs valeurs ou croyances, etc. Elle est étudiée par le biais de démarches empiriques portant sur une diversité de contextes singuliers et l’abordant par le biais, notamment, des luttes pour la visibilité et des demandes de reconnaissance; de la mise en œuvre de pratiques ou de politiques se voulant pluralistes; des usages du passé et des reformulations de l’histoire; des processus de patrimonialisation; des pratiques artistiques, des usages de l’espace public, de la production et de la mise en circulation de récits; de la formation de communautés à la marge; et de plusieurs autres phénomènes par le biais desquels se donnent à voir l’émergence ou la visibilisation d’appartenances et de spécificités, de même que les redéfinitions de la société québécoise se reconnaissant comme plurielle. L’équipe du CELAT entend éclairer la pluralisation en s’intéressant également à sa genèse et à son historicité, de même qu’aux réactions qu’elle suscite et aux différentes formes de résistance ou de rejet qui s’y opposent, notamment aux idéologies et groupes qui promeuvent le retour à une société homogène. Les travaux sont menés dans des postures résolument interdisciplinaires et prennent la forme de démarches variées et innovantes, dont une forte proportion de recherches menées en collaboration étroite avec les communautés, groupes ou personnes concernés par les phénomènes étudiés, de même que différentes entreprises de recherche-création.

Premier axe: Institutions, communautés et participation citoyenne en contexte de pluralisation

Les travaux du premier axe abordent la diversification des appartenances, des identités et des modes de vie sous l’angle du développement de communautés de différents types, notamment celles dites en marge, de leurs luttes pour la visibilité et la reconnaissance, des rapports qu’elles entretiennent entre elles et avec l’ensemble de la société et sous l’angle du fonctionnement des institutions et de leur rapport à la pluralité. Ces travaux abordent la pluralisation dans le contexte d’interactions et de pratiques autant que par le biais plus large des cadres politiques et juridiques, des discours médiatiques et des pratiques artistiques. Les phénomènes étudiés sont observés dans le contexte de la société québécoise et canadienne ainsi que dans d’autres sociétés, où la pluralisation débouche sur des phénomènes comparables.

Thème 1 Nouvelles appartenances, luttes pour la reconnaissance et participation citoyenne 

Thème 2  Majorité, minorités, interculturalité et expérience de l’altérité

Thème 3  Contestation des normes, cultures et identités en marge

Deuxième axe: La pluralité d’hier à demain. Genèse du pluralisme, usages du passé et création des devenirs historiques

Les travaux de cet axe visent à éclairer la pluralisation en l’abordant sous l’angle de l’histoire du pluralisme, de la diversité qui est en jeu dans les usages et mises en récit du passé, de même que dans la définition des devenirs historiques comme elle se donne à voir entre autres dans les processus de patrimonialisation. Un premier angle d’approche cherche à saisir comment a évolué le rapport que la société entretient à la pluralité, c’est-à-dire la manière dont on a pu, historiquement, voir et reconnaître ou au contraire nier et ignorer des différences en matière de langue, de croyance, de modes de vie ou d’identité. Pour cela, cet axe rassemble des travaux menés en archéologie et en histoire, qui permettent d’éclairer l’évolution dans le temps, depuis les contextes coloniaux, des expériences de l’altérité. Un deuxième angle aborde la pluralisation par le biais des usages multiples et changeants qui sont faits du passé et par l’étude des mises en récit qui en sont produites. Les récits et usages du passé sont appréhendés à la fois dans leur caractère potentiellement conflictuel, susceptible de révéler l’émergence ou l’affirmation de nouvelles identités ou représentations de la société, et à la fois comme espaces dans lesquels se donnent à lire les images que la société a d’elle-même et donc la diversité dans laquelle elle reconnait son devenir historique. Sont également étudiés les récits alternatifs, qui diffèrent par leur contenu des récits majoritaires, de même que les formes nouvelles de narration qui se répandent et gagnent en visibilité. Cet axe rassemble enfin des travaux qui s’intéressent à la manière dont les institutions qui produisent des discours sur le passé, notamment les musées, mettent en œuvre ou non des programmes et des politiques pluralistes. Une attention particulière est portée aux phénomènes de patrimonialisation, aux rôles que jouent différents types d’acteurs dans ces phénomènes et à la place que les institutions donnent ou assignent aux individus et aux communautés dans la production, la conservation ou la diffusion des patrimoines et des narrations historiques. Dans ce contexte, les recherches de cet axe explorent et expérimentent les usages qui sont faits des nouvelles technologies et de différentes formes innovantes de médiation culturelle, susceptibles de coïncider avec une transformation de la place qu’occupent les individus et les communautés dans la production ou la diffusion des récits dans lesquels ils se reconnaissent.

Thème 1  Les rapports à la diversité dans les contextes coloniaux

Thème 2  Formes narratives, production de récits et usages du passé

Thème 3  La pluralisation au cœur des pratiques muséales et des phénomènes de patrimonialisation

Troisième axe: La pluralisation à l’aune des représentations et pratiques de l’espace

Les travaux de cet axe abordent la pluralisation et ses enjeux sous l’angle de la spatialité. Le caractère commun ou partagé de certains espaces, notamment urbains, donne lieu à des expériences de l’altérité et à des manifestations de la différence, qui prennent corps en lien avec la diversité des manières de symboliser, de figurer, d’occuper et de pratiquer les mêmes espaces. La spatialité est donc abordée en ce qu’elle constitue le cadre et la toile de fond de la pluralisation dans ses dimensions les plus concrètes et directement liées à l’expérience sociale. Le rapport à l’espace est étudié dans cet axe autant en lien avec la diversité des pratiques et des expériences individuelles d’interaction, de déambulation, d’appropriation ou d’occupation de l’espace qu’en rapport avec des discours, aménagements ou interventions in situ qui sont le fait de collectifs ou d’institutions. Il est également appréhendé sous l’angle des manières dont les lieux, sites ou territoires sont représentés et imaginés, de même que sous celui de la territorialité des appartenances. C’est en tant que les pratiques et représentations des mêmes espaces sont susceptibles de varier et donc de donner lieu à des tensions dans lesquelles s’expriment et se manifestent des appartenances ou des modes de vie que celles-ci sont étudiées comme contexte dans lesquels se produit la pluralisation.

Thème 1  Figurations et imaginaires de l’espace

Thème 2  Production, appropriation et pratique de l’espace 

Thème 3  Déplacement, mobilité, itinérance